Une microferme peut afficher un chiffre d’affaires impressionnant par mètre carré… et pourtant être une mauvaise entreprise.
Elle peut produire énormément sur une petite surface tout en rémunérant mal son producteur, nécessiter beaucoup trop d’heures de travail ou devenir fragile dès qu’un client important disparaît.
C’est pour cette raison que je me méfie des chiffres spectaculaires lorsqu’ils sont présentés seuls.
Le chiffre d’affaires par mètre carré est intéressant. Il a notamment permis de montrer qu’une petite surface agricole pouvait générer beaucoup de valeur et qu’il n’était pas forcément nécessaire de disposer de dizaines d’hectares pour créer une activité professionnelle.
Mais il ne répond qu’à une question : combien de chiffre d’affaires générez-vous avec votre surface ?
Il ne dit pas si vous avez construit une entreprise rentable, agréable à gérer et capable d’encaisser les imprévus.
Pour évaluer une microferme, je regarderais donc d’autres indicateurs. J'en ai sélectionné seulement trois pour simplifier.
1. Combien rapporte réellement une heure de travail ?
Deux fermes peuvent produire exactement le même chiffre d’affaires avec des réalités complètement différentes.
Imaginons une exploitation qui génère 80 000 € de chiffre d’affaires avec 2 500 heures de travail dans l’année.
Cela représente 32 € de chiffre d’affaires par heure.
Mais ce n’est évidemment pas ce que gagne le producteur. Il faut encore retirer les semences, le terreau, les emballages, le carburant, l’électricité et toutes les autres charges.
Si ces dépenses représentent 30 000 €, il reste 50 000 € pour rémunérer les 2 500 heures nécessaires au fonctionnement de la ferme.
Soit 20 € disponibles par heure de travail, avant notamment les cotisations et la rémunération du dirigeant.
Ce chiffre raconte déjà beaucoup plus de choses que le CA par m².
Une ferme peut être extraordinairement productive sur une petite surface simplement parce que son exploitant travaille 60 heures par semaine.
Ce n’est pas nécessairement un mauvais modèle si c’est un choix assumé. Mais il faut en avoir conscience.
Dans une microferme, la productivité du travail est au moins aussi importante que celle de la terre.

2. Quelle part des ventes revient régulièrement ?
Une ferme peut également réaliser un très bon mois sans savoir ce qu’elle vendra le mois suivant.
À l’inverse, une autre peut avoir une partie importante de ses ventes déjà relativement prévisible grâce à des restaurants réguliers, une AMAP, des magasins partenaires ou une clientèle fidèle.
Les deux peuvent avoir exactement le même chiffre d’affaires.
Mais elles n’ont pas du tout la même visibilité.
C’est pourquoi je trouve intéressant de suivre la part du chiffre d’affaires provenant de clients récurrents.
Si vous réalisez 10 000 € dans le mois et que 7 000 € proviennent de clients qui commandent régulièrement, votre taux de chiffre d’affaires récurrent est de 70 %.
L’objectif n’est pas nécessairement d’atteindre 100 %.
Une forte dépendance à un seul gros client peut d’ailleurs présenter un risque important. À l’inverse, vouloir absolument multiplier les circuits de vente peut rendre l’entreprise beaucoup trop complexe.
Ce que je cherche surtout à savoir, c’est si le système commercial a été choisi consciemment.
1. Savez-vous approximativement qui va acheter votre production, en quelle quantité et à quelle fréquence ?
2. Ou devez-vous reconstruire vos ventes presque intégralement chaque semaine ?
Cette visibilité permet de mieux planifier les cultures, de réduire les invendus et de diminuer une partie de la charge mentale liée à la commercialisation.
3. Combien de temps votre ferme peut-elle tenir si quelque chose se passe mal ?
Les deux premiers indicateurs permettent de comprendre le fonctionnement normal de l’entreprise.
Le troisième mesure plutôt sa capacité à encaisser les problèmes.
Et en agriculture, il finit toujours par y en avoir : mauvaise saison, panne, accident, problème sanitaire ou perte d’un client important.
Je préfère donc exprimer la trésorerie en nombre de mois de charges disponibles plutôt qu’en euros.
Avoir 15 000 € sur son compte professionnel peut sembler confortable.
Mais si votre entreprise consomme 3 000 € par mois, cela représente cinq mois de sécurité. Si elle en dépense 12 000, la situation est complètement différente.
Le calcul reste volontairement simple :
Trésorerie disponible ÷ charges mensuelles moyennes = nombre de mois de sécurité.
Il ne s’agit pas de chercher un nombre magique valable pour toutes les fermes.
Une exploitation très spécialisée, une ferme diversifiée et un producteur disposant de peu de charges fixes n’auront pas les mêmes besoins.
L’intérêt de cet indicateur est surtout de savoir combien de temps votre entreprise vous laisse pour réagir lorsqu’un problème arrive.
Et le chiffre d’affaires par m² ?
Je ne supprimerais pas cet indicateur.
Si votre surface est limitée, il reste particulièrement utile pour comparer différentes productions et savoir si votre espace est utilisé efficacement.
J’irais simplement un peu plus loin en regardant la marge par mètre carré plutôt que le chiffre d’affaires seul.
Deux cultures capables de produire le même chiffre d’affaires ne sont pas équivalentes si l’une coûte beaucoup plus cher ou nécessite beaucoup plus de travail.
Et dans certaines productions très standardisées, comme les micropousses, on peut aller encore plus loin.
On peut suivre la marge par plateau, le temps nécessaire par variété ou encore la marge générée par emplacement de culture et par semaine.
Une variété produisant 20 € de marge mais occupant une étagère pendant trois semaines n’est pas forcément plus intéressante qu’une autre générant 12 € de marge en sept jours.
Lorsque votre espace commence à être rempli, cette différence devient très importante.
Pour résumer et illustrer ces 3 paramètres

Une microferme rentable ne se résume pas à sa surface
Le chiffre d’affaires par mètre carré a eu un vrai mérite : montrer qu’une petite surface pouvait accueillir une activité agricole professionnelle.
Mais il ne faut pas lui demander de mesurer ce qu’il ne mesure pas.
Personnellement, si je devais comprendre rapidement la santé d’une microferme, je chercherais surtout à savoir si elle rémunère correctement le travail nécessaire, si une partie suffisante de ses ventes est prévisible et si elle dispose d’assez de sécurité pour absorber un imprévu.
Autrement dit, une microferme intéressante doit être rentable, durable et suffisamment résiliente.
J’approfondis ces trois indicateurs, avec les calculs et plusieurs exemples, dans ma vidéo complète :
→ Voir la vidéo : “Le CA/m² est-il un mauvais indicateur ? Les 3 KPI que je regarderais à la place”
Et si vous étudiez plus particulièrement les micropousses comme activité professionnelle, j’organise également une conférence en ligne gratuite consacrée au modèle économique, aux investissements, à la production et à la recherche des premiers clients.
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